Lundi 23 juin 2008
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DEUX ARTICLES EDIFIANT
PARUS DANS LE JOURNAL
"LE MONDE"
Les molécules contre le cancer,
eldorado des financiers
LE MONDE DU 11 JUIN 2008, RUBRIQUE Pharmacie
Des fonds toujours plus nombreux parient sur le succès de l'innovation biologique.
En 2008 encore, analystes et investisseurs ont suivi de très près la conférence annuelle de l'Association américaine d'oncologie clinique (ASCO), qui a eu lieu du 29 mai au 3 juin à Chicago.
Comme les 35 000 médecins qui avaient fait le déplacement, ces financiers spécialisés dans la santé parlaient " K-ras ", Erbitux ou Avastin.
Le K-ras est un gène qui fait débat depuis peu dans le monde des spécialistes du cancer colorectal. Quand il mute, la fabrication des cellules cancéreuses s'accélère et la vie du patient est en
danger. Quand ce même gène demeure stable, Erbitux prolonge - un peu - la vie de ce patient. Dans ce cas de figure, Erbitux, produit de la biotech américaine ImClone, entre en concurrence avec la
toute puissance d'Avastin, la thérapie ciblée du laboratoire suisse, Roche.
Erbitux ? Avastin ? Les deux médicaments ciblent les cellules cancéreuses et enrayent leur prolifération. Mais Erbitux n'est efficace que sur un certain type de patient, ceux dont le gène K-ras
n'a pas encore muté. En cas de mutation, la prolifération cellulaire abolit l'efficacité du traitement.
Ces mécanismes biologiques récemment découverts dessinent tout à la fois les frontières nouvelles de la connaissance et un marché. Le cancer colorectal est l'un des trois ou quatre cancers les
plus répandus sur la planète (36 000 nouveaux cas en France par an, 16 000 décès), et les thérapies ciblées génèrent un chiffre d'affaires par patient de l'ordre de 35 000 à 40 000 euros par
an.
Les enjeux sont énormes. En 2007, Roche, leader du marché, a réalisé la moitié du chiffre d'affaires de sa division pharma - 11 milliards d'euros - avec des molécules ciblées contre le cancer.
Tout le jeu des analystes est de supputer les chances d'un produit contre l'autre. Le 23 mai, à la veille de l'ASCO, Andrew Sinclair, analyste de la banque HSBC, doutait que l'Erbitux " accroisse
les prévisions de chiffre d'affaires du laboratoire qui le distribue en Europe, l'allemand Merck KGaA ".
Marie-Hélène Leopold, analyste PhaSanté au Crédit agricole Asset Management, explique que les études cliniques rendues publiques dans les grands congrès " permettent d'avoir une idée du potentiel
commercial des nouveaux produits et de la stratégie des laboratoires ".
FUITES ENDÉMIQUES
Béatrice Muzard, analyste de Natixis Asset Management, suit aussi, au fil des congrès, l'évolution des produits en gestation. " Novartis a le RAD-001, GlaxoSmithKline a le Tykerb et le
Pazopanib... " L'intérêt des analystes comme des médecins porte sur " les données de survie globale ", explique Mme Muzard, c'est-à-dire
les courbes qui évaluent le supplément de vie apporté au patient avant une éventuelle rechute. "Cette pression financière
est évidemment prise en compte par les chercheurs ", regrette un médecin sous couvert d'anonymat "toutes nos études cliniques sont aujourd'hui formatées pour les financiers".
Les analystes ont appris à évaluer la solidité de l'étude. Eric Le Berrigaud, analyste chez Raymond James, estime que son travail passe " aussi par une estimation
du design de l'étude, la stratification des patients, les doses auxquelles ils ont été soumis, etc. ".
Les résultats des études présentées à l'ASCO sont supposés être confidentielles jusqu'au jour de leur publication. Mais les fuites sont endémiques et " la rumeur a un effet sur les cours ",
reconnaît un analyste.
Béatrice Denys, gérante de Sefti, un fonds d'investissement biotech de la Société générale, est destinataire des notes d'analyste. " Elles nous permettent de confronter la tendance du secteur
avec nos investissements. " Mme Denys a pour métier de détecter des recherches pouvant conduire à des médicaments innovants. Quand elle trouve une équipe créative, " on propose alors aux
chercheurs de créer une start-up et on les aide à tous les niveaux : management, finances, etc. ". Le destin de cette équipe sera d'aller jusqu'au point où la
recherche intéressera un laboratoire. Le prix de cession de la start-up sera d'autant plus élevé que le mécanisme aura été validé par une ou plusieurs communications à... l'ASCO par
exemple. " Etre retenu par l'ASCO valorise notre investissement. Science et finance ne font alors plus qu'un, la boucle est
bouclée.
Yves Mamou
Quel secret pour les essais cliniques ?
LE MONDE DU 11 JUIN 2008, RUBRIQUE Pharmacie
EN 2003, le Wall Street Journal révélait qu'un analyste financier s'était fait recruter par un laboratoire testant une nouvelle molécule contre l'insomnie. Ayant remarqué qu'un patient supportait
mal la pilule, il interrogea habilement les médecins, puis quitta l'essai clinique et publia une note négative sur le produit testé. L'action de la société Neurocrine passa de 35 dollars à 23
dollars dans la journée.
En 2005, le Seattle Times affirmait, au terme d'une longue enquête, qu'un nombre croissant de médecins étaient payés pour communiquer des informations qu'ils auraient dû garder secrètes. "
Les perspectives d'un médicament en gestation influent sur le cours de l'action du laboratoire qui le développe. Et certains fonds peuvent débourser jusqu'à un million de dollars sur une
année pour rémunérer des informateurs ", indiquait le journal de la Côte ouest. Selon le Seattle Times, les médecins touchaient, en 2005, entre 300 et 500 dollars pour une heure de
conversation. A la suite de cette enquête, le sénateur Charles Grassley, président de la commission du Congrès sur les marchés financiers, demandait à la Securities and Exchange Commission, le
gendarme de la Bourse, d'ouvrir une enquête. Qui n'a toujours pas débouché...
Yves Mamou
Par Jacques Lacaze
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Publié dans : Je n'invente rien!
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